Friday, 26 January 2007


Les Contes d'Hoffmann - Bastille 25 janvier 2007

Pour la première des Contes d'Hoffmann, deux rôles majeurs ont pris des arrêts maladie: Rolando Villazon (Hoffmann) remplacé par Janez Lotrič, et Patricia Petibon (Olympia) remplacée par Sumi Jo. Enorme déception donc en arrivant à Bastille, voire un peu de colère quand on a déboursé une somme non négligeable pour apprécier le brilliant ténor mexicain.

Le metteur en scène canadien Robert Carsen prend le parti de la mise en abîme: l'envers du décor, le théâtre dans le théâtre(1). Si j'ai eu un peu de mal sur le prologue et l'acte II, il faut avouer que la mise en scène des actes suivants m'a vraiment emballé. L'ouverture de l'acte de Giulietta (Acte IV) met somptueusement en valeur le rythme berçant de la barcarolle et ne peux laisser insensible: il y a eu quelques "oh" ébahis dans la salle, peut-être même le mien. Continuant à bouleverser la place des spectacteurs, des personnages, du décor et de la coulisse, Robert Carsen fait passer Dapertutto et Giuletta parmis le public(2). Ainsi, l'enchantement que réussit la mise en scène sur les trois derniers actes efface largement la méfance que l'on peut avoir sur les deux premiers.

Il faut aussi saluer la conduite d'orcheste énergique et inspirée de Marc Piollet. Dans cet opéra qui cherche à repousser les limites de la scène, Marc Piollet est un personnage à part entière. Quand on est dans les premiers rangs, on ne peut s'empêcher de le voir vivre "physiquement" ces Contes et même de l'entendre souffler dans les moments intenses.

Rolando Villazon et Ekaterina Gubanova (crédits Opéra de Paris)
Janez Lotrič prend donc le rôle d'Hoffmann au pied levé, après l'avoir interprêté dans cette même production en 2001 & 2002. J'aimerais bien savoir comment les professionnels de l'opéra réussissent ces prodiges de remplacements d'urgence. En tout cas, Janez Lotrič semblait totalement maîtriser l'oeuvre. J'aurais certes préféré une voix un peu plus enrobée, moins piquante sur les aigus... Voilà, je l'avoue, la voix de Rolando Villazon m'aurait été parfaite (pardieu, il va falloir que j'y retourne)! Je suis aussi resté sceptique après la prestation d'Olympia: la mise en scène m'a paru lourde et délaissant la beauté de "Les-Oi-seaux-dans-la-char-mille" pour ne mettre en avant que l'aspect burlesque (oseré-je dire "vulgoss'"?); j'avais en tête l'interprétation de Natalie Dessay qui me donne la chair de poule même dans le RER à 8h du mat', j'ai donc été un peu déçu.

La qualité des interprètes m'a fait découvrir les Contes d'Hoffmann sur un jour nouveau. Dans le rôle de la Muse et de Nicklausse, j'ai adoré la voix d'Ekaterina Gubanova. Franck Ferrari est impeccable dans le rôle sombre et puissant des méchants (Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto). Mes deux plus grandes surprises ont été d'une part la redécouverte de l'acte d'Antonia grâce au timbre d'Annette Dasch, et d'autre part les morceaux à plusieurs voix dont le septuor de l'Acte IV (reprenant le thème de la Barcarolle) et "On est grand par l'amour, et plus grand par les pleurs" qui furent deux autres moments magiques.



(1) Sur les mises en abîme et sur le bouleversement des rôles:

  • Le concept du décor pour le prologue (Acte I), c'est "pas de décor": on voit la scène nue dans toute sa profondeur jusqu'au panneau de contrôle électrique et aux coulisses. La scène se remplit par le passage du décor de l'opéra de Mozart que joue le personnage de Stella. L'occasion pour Robert Carsen de remettre une couche sur la mise en abyme (on voit sur la scène de Bastile passer une autre scène, celle de Stella) et sur "l'envers du décor" (le point de vue que l'on a de la scène de Stella est celui des coulisses).

  • L'acte d'Olympia présente une double scène. A l'avant-scène, l'atelier du père d'Olympia... Une sorte de coulisse (que l'on ne devrait donc pas voir). A l'arrière derrière un voile transparent, la salle de réception.

  • L'acte d'Antonia présente une scène séparée en deux horizontalement. Le bas reproduit la fosse d'orchestre et c'est là que se passe la majeure partie de l'acte. Les partitions sur les pupitres seraient "Don Giovanni" de Mozart, peut-être en allusion à la scène de Stella qui joue Mozart. Le bas de scène étant la fosse, la partie supérieure représente une scène de théâtre, rideau baissé.

  • Enfin, L'acte de Giuletta (Acte IV) montre les fauteuils du public d'un théâtre: le point de vue du (vrai) public est donc celui de la (fausse) scène. C'est justement à cet acte que les personnages de Giuletta et Dapertutto évoluent parmi le public.


(2) Etant assis au premier rang, nous avons eu la joie d'avoir Giuletta s'assoir (bien qu'involontairement) sur nos genoux... Quelle coquine courtisane!

Thursday, 25 January 2007


Empreinte carbonique, la nouvelle (é)mission des Experts

Encore une fois Tesco au coeur des débats sur le "consommer vert".

Le géant de la distribution chercherait à inclure une "empreinte carbonique" (carbon footprint) sur les étiquettes. Il s'agirait de savoir quelle a été la quantité totale de carbone consommée pour produire sa boîte d'haricots. Des scientifiques d'Oxford seraient même déjà en train de s'arracher les cheveux pour trouver des méthodes de calcul.

Au delà de cette initiative de Tesco, qui peut paraître un peu fumiste, voici un nouvel article du Guardian qui décrit bien les problèmes et dilemmes de l'évaluation de la facture énergétique:


Emission impossible?
We know all about food miles, but how much pollution is caused producing the goods we buy? Tesco now aims to tell us on labels but, as David Adam reports, 'embodied energy' is notoriously hard to calculate





Résumé de l'article

On connaissait les food miles, ces centaines et parfois milliers de kilomètres parcourus par un produit avant de se retrouver dans les rayons d'un supermarché. Mais Tesco voudrait indiquer la facture énergétique "totale" du produit, dont les "food miles" ne sont qu'un composant. Se pose alors le problème de la limite de mesure: faut-il inclure l'essence du tracteur utilisé pour la récolte? Que dire de l'essence utilisée par l'agriculteur pour venir au travail? Et itou de l'énergie dépensée par le frigo du supermarché pour garder le produit frais?

En admettant que l'on arrive à trouver une limite raisonnable, peut-on considérer que toutes les énergies sont identiques? En d'autres termes, un Joule produit par une centrale thermique vaut-il un Joule produit par une éolienne? Pis encore, est-ce politiquement correct de considérer le nucléaire comme une énergie verte, puisqu'elle ne rejette que très peu de gaz à effet de serre? A ce sujet, quand ils parlent de "facture énergétique", les anglais ont tendance à ne considérer que la facture carbonique: le terme de "Carbon Neutral" est très répandu.

Pour aller plus loin que l'univers de l'agro-alimentaire, l'article du Guardian mentionne des méthodes de mesures de la facture énergétique dans le monde du BTP. Des ingénieurs mécaniques de Bath mesurent cette facture appelée emobodied energy (EE) en méga-Joule (consommé) par kilogramme de produit manufacturé. On apprend ainsi qu'il faut 154 MJ pour produire 1 kg d'aluminium alors que pour de l'argile ou du plâtre l'EE ne serait que de 3 MJ/kg. Sachant que pour produire un mètre carré de panneau solaire ou de double-vitrage en PVC, il faut quelques milliers de MJ (1305 à 4752 MJ/m2 et 2300 MJ/m2 respectivement), vaut-il mieux en terme de bilan énergétique garder nos vieilles installations ou les remplacer par des versions plus vertes?

On comprend donc que le calcul du bilan énergétique est extrêment complexe. De plus, n'étant pas standardisé, il peut être sujet à abus. C'est ainsi qu'une étude anglaise était arrivée à montrer qu'une voiture 4x4 était plus verte qu'une voiture hybride car il fallait moins d'énergie pour la produire! L'article de conclure "Dodgy embodied energy calculations can clearly produce emissions as bad as baked beans" (des méthodes fumeuses de calcul énergétique peuvent clairement produire des gaz aussi nauséabonds que ceux liés à l'ingestion d'haricots).

Tuesday, 23 January 2007


Si les hypermarchés sont les nouveaux amis de la planète, a-t-elle donc encore des ennemis?

Ainsi donc, les géants de la distribution comme Tesco ou M&S se mettent au vert au Royaume-Uni. Poussés par la nouvelle demande des consommateurs et par les activistes écologiques, les supermarchés se sont adaptés en un temps record. Au point de s'imposer des standards plus élévés que ceux que s'impose le gouvernement anglais. L'économie de marché aurait-elle réussi là où les Etats auraient échoué?

George Monbiot est journaliste au Guardian et militant écologiste anglais. Sa dernière colonne dans la section "Comment is Free" du Guardian analyse les rapports entre les hypers et l'environnement, salut un certain retournement de situation chez les distributeurs, mais révèle aussi les contradictions et limites de l'économie de masse en matière d'écologie. Un seul conseil donc pour les anglophones, lire l'article pour se faire une idée:


If Tesco and Wal-Mart are friends of the earth, are there any enemies left?


Tesco aborde en effet le thème du changement climatique et propose même un lien dès sa page d'accueil:http://www.tesco.com/climatechange/. Asda (filiale de Wal Mart) montre aussi ses objectifs environnementaux sur son site: http://asdacares.gpalm.co.uk/environment/environment_load.html. Mais ASDA est surtout représenté par ses plus de 200 Superstores et sa vingtaine de "WalMart Supercentres" et n'offre que très peu de commerces de proximité.

Monday, 22 January 2007


Science Frontières - De l'écologisme, du vrai


Festival "Science Frontières" 2007: Pas sans ma terre

du 15 au 18 février 2007
au palais du Pharo (Marseille)

http://www.sciencefrontieres.com


Quand le mouvement écologique est né dans les années 1970, l'influence de l'homme sur la planète restait encore principalement locale: on s'intéressait alors surtout de la pollution des villes. Mais voilà, on commence maintenant à ressentir des effets globaux que l'on pourrait "probablement" attribuer à l'activité humaine. On parle désormais de réchauffement climatique (global warming), de développement durable (sustainable development), on cherche à être "carbon neutral", les produits verts deviennent un marché économique...

Ainsi l'opinion publique connait un sursaut écologique... Espérons qu'il soit lui aussi durable! Avons‑nous pour autant les idées claires sur le sujet? Prenons‑nous le temps de l'analyse avant de sombrer dans le catastrophisme ou la bien pensance écologique? Qu'en est‑il des moyens pour essayer de réduire les effets de l'activité humaine sur l'éco‑système? Le festival Science Frontières propose justement de nous donner les clefs des nouveaux enjeux climatiques. Le slogan nous en propose d'ailleurs déjà la méthode:

Suivre, comprendre, anticiper et rêver le monde.

Pour suivre et comprendre sans tomber dans le jargon technique insipide, le festival fait rencontrer des personnalités venues de tous univers grâce à des débats mêlant scientifiques, écologistes, journalistes et artistes. Pour anticiper le monde et l'avenir de l'homme, le festival présente 4 scénarios pour le futur inspirés des travaux de 1300 experts mandatés par l'ONU: entre le "tout contrôle scientifique" ou "la guerre planétaire aux ressources" attention au choc! Et pour rêver le monde, Science Frontières se demandera si nous sommes seuls dans l'univers.


Wednesday, 17 January 2007


L'Elisir d'Amore (Bastille, novembre 2006)

M'ama, sì, m'ama, lo vedo, lo vedo!

L'oeuvre de Donizetti dans une mise en scène poétiquement champêtre par Laurent Pelly avec Heidi Grant Murphy (Adina), Charles Castronovo (Nemorino), Laurent Naouri (Belcore), Alberto Rinaldi (Dulcamara) ...



C'est la deuxième saison pour cette production de l'Elixir d'Amour. Cette production avait été donnée pour la première fois la saison précédente (mai 2006). Le Monde avait titré pour l'occasion « Un Elixir d'amour populaire jusqu'à la caricature », affirmant même que Laurent Pelly avait raté le tragi-comique. Il est vrai qu'alors, Heidi Grant Murphy (Adina) avait des airs de mama italienne énervée et que Laurent Naouri (Belcore) insistait plus que lourdement sur l'expression de sa débordante libido. Cette année, Heidi Grant Murphy et Laurent Naouri sont restés et ont visiblement adoucit ces traits de caractères. L'Exilir d'Amour crû 2006/07 s'est bonifié en l'espace d'une demi-saison et se boit alors comme un doux nectar.

Tout d'abord, chapeau bas pour l'originalité et la poésie surannée de la mise en scène! L'histoire se déroule dans la campagne italienne des années cinquante. Le premier acte se joue sur un énorme tas de foin à étages occupant pratiquement toute la scène de Bastille. Dulcamara se déplace en camion que l'on pourrait dire "maquillé comme une voiture volée". Et, comble d'émerveillement, une surprise étoilée nous attend même pour le morceau de bravoure de Némorino "Una Furtiva Lagrima".

Charles Castronovo campe un Némorino vif et moderne. Il n'hésite pas en effet à danser ou à courir. Il nous refait même les "dance moves" d'Uma Thurman dans Pulp Fiction (vous savez, quand elle se passe les doigts devant le visage)! Dans son interprétation vocale, Castronovo m'a bien plus convaincu que Paul Groves son prédécesseur. Bon, d'accord, Groves était malade à la première, je vais vite en besogne.

Laurent Naouri est parfait. Il s'impose vraiment sur scène, à la fois vocalement et scéniquement (surtout depuis qu'il mime beaucoup moins la copulation que l'année dernière comme dit plus haut).

Allez, un petit bémol pour Dulcamara dont la prestation m'a paru en dessous de celle de la saison dernière. Il faut dire que le baryton de l'année dernière était vraiment charismatique: sa voix et sa corpulence dominaient toute la scène.

http://www.operadeparis.fr/Saison0607/Spectacle.asp?Id=1012


Willkommen, Bienvenue, Welcome!

What good is sitting all alone in your room?
Come hear the music play


Je ne saurais faire mentir les premiers vers de "Cabaret", l'une des chansons phares de la comédie musicale éponyme. Il faut en effet courir aux Folies Bergère pour voir son adaptation en français par le réalisateur anglais Sam Mendes. Chacun des airs est un tube planétaire (Mein Herr, Willkommen, Money...). Une comédie musicale à la fois hilarante et poignante. Toute la troupe est d'une énergie et d'un enthousiasme communicatifs.




Les Folies Bergères sont pour l’occasion transformées en un Cabaret berlinois des années 30 : ambiance rouge et or ; des tables sont installées au parterre, rebaptisé pour l’occasion « Le Kit Kat Klub » ; les artistes paradent et draguent le public pendant les entractes sur les traverses du premier étage.

Bien qu'étant traditionnellement un inconditionnel des chansons originales, j'ai été convaincu par les traductions en français des tubes de Broadway. David Alexis (doublure de Fabian Richard) était un Emcee épatant, c’est-à-dire pervers et énergique à souhait ! D’ailleurs, la mise en scène pendant « Two Ladies » est à hurler de rire, bien qu’un peu dérangeante de prime abord. Dans le rôle de Sally Bowles, Virginie Perrier (doublure de Claire Pérot) a su relever le défi de reprendre un personnage plus que marqué par Liza Minelli : son interprétation de « Cabaret » – et pourtant je l’attendais au tournant – en a été la plus admirable preuve. Catherine Arditi dépeint une Fraulein Schneider pleine de gouaille, oseré-je dire presque parisienne. En français, Cliff Bradshaw chante comme dans un film de Jacques Demy, et c’est ma foi très bien ainsi. Notez qu’à l’inverse de la version originale, les personnages ne parlent pas avec un accent allemand.


Le site de Cabaret Le "Musical" (as we say in French):
http://www.cabaret-lemusical.fr/

 

La vie à Paris: quelques spectacles; quelques restos; un soupçon de société et de politique (enrichies en environnement); mélanger bien le tout, ne laissez pas reposer; Et hop, vous obtenez la vie à Paris.