Encore une fois Tesco au coeur des débats sur le "consommer vert".
Le géant de la distribution chercherait à inclure une "empreinte carbonique" (carbon footprint) sur les étiquettes. Il s'agirait de savoir quelle a été la quantité totale de carbone consommée pour produire sa boîte d'haricots. Des scientifiques d'Oxford seraient même déjà en train de s'arracher les cheveux pour trouver des méthodes de calcul.
Au delà de cette initiative de Tesco, qui peut paraître un peu fumiste, voici un nouvel article du Guardian qui décrit bien les problèmes et dilemmes de l'évaluation de la facture énergétique:
Emission impossible?
We know all about food miles, but how much pollution is caused producing the goods we buy? Tesco now aims to tell us on labels but, as David Adam reports, 'embodied energy' is notoriously hard to calculate
Résumé de l'article
On connaissait les food miles, ces centaines et parfois milliers de kilomètres parcourus par un produit avant de se retrouver dans les rayons d'un supermarché. Mais Tesco voudrait indiquer la facture énergétique "totale" du produit, dont les "food miles" ne sont qu'un composant. Se pose alors le problème de la limite de mesure: faut-il inclure l'essence du tracteur utilisé pour la récolte? Que dire de l'essence utilisée par l'agriculteur pour venir au travail? Et itou de l'énergie dépensée par le frigo du supermarché pour garder le produit frais?
En admettant que l'on arrive à trouver une limite raisonnable, peut-on considérer que toutes les énergies sont identiques? En d'autres termes, un Joule produit par une centrale thermique vaut-il un Joule produit par une éolienne? Pis encore, est-ce politiquement correct de considérer le nucléaire comme une énergie verte, puisqu'elle ne rejette que très peu de gaz à effet de serre? A ce sujet, quand ils parlent de "facture énergétique", les anglais ont tendance à ne considérer que la facture carbonique: le terme de "Carbon Neutral" est très répandu.
Pour aller plus loin que l'univers de l'agro-alimentaire, l'article du Guardian mentionne des méthodes de mesures de la facture énergétique dans le monde du BTP. Des ingénieurs mécaniques de Bath mesurent cette facture appelée emobodied energy (EE) en méga-Joule (consommé) par kilogramme de produit manufacturé. On apprend ainsi qu'il faut 154 MJ pour produire 1 kg d'aluminium alors que pour de l'argile ou du plâtre l'EE ne serait que de 3 MJ/kg. Sachant que pour produire un mètre carré de panneau solaire ou de double-vitrage en PVC, il faut quelques milliers de MJ (1305 à 4752 MJ/m2 et 2300 MJ/m2 respectivement), vaut-il mieux en terme de bilan énergétique garder nos vieilles installations ou les remplacer par des versions plus vertes?
On comprend donc que le calcul du bilan énergétique est extrêment complexe. De plus, n'étant pas standardisé, il peut être sujet à abus. C'est ainsi qu'une étude anglaise était arrivée à montrer qu'une voiture 4x4 était plus verte qu'une voiture hybride car il fallait moins d'énergie pour la produire! L'article de conclure "Dodgy embodied energy calculations can clearly produce emissions as bad as baked beans" (des méthodes fumeuses de calcul énergétique peuvent clairement produire des gaz aussi nauséabonds que ceux liés à l'ingestion d'haricots).
Thursday, 25 January 2007
Empreinte carbonique, la nouvelle (é)mission des Experts
Posted by
brudav
at
10:55
Labels: politique/société
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